08 janvier 2008
manifestation contre la venue de SarKo vendredi 11 janvier
- Parce qu’il incarne la dérive
sécuritaire (augmentation des
forces de
police et des moyens militaires), liberticide (utilisation de plus en
plus
systématique de la vidéo-surveillance et du fichage policier) et
autocratique (dictature du marché et inéluctabilité de la
mondialisation
économique) du système capitaliste libéral.
- Parce qu’il asservit les médias pour mettre en avant sa personne
(son
omniprésence dans les médias et sa collusion affichée avec les
magnats de
la presse), transformer la scène politique en scène people (ses
frasques
avec Cécilia et Carla Bruni) et faire accepter
l’hyperprésidentialisation
(son autoritarisme et son omniprésence aux dépens de ses ministres)
du
pouvoir.
- Parce qu’il prétend faire diminuer le chômage en radiant les
chômeurs de
l’ANPE (changement des critères, obligation d’accepter n’importe
quel
travail, fusion de l’ANPE avec les Assedic).
- Parce que son action au ministère de l’Intérieur a prouvé que
son credo
répressif "porte en lui la guerre comme les nuées portent l’orage"
(émeutes en banlieue)
- Parce qu’il incarne cette droite dure et décomplexée qui estime
que la
rue - c’est à dire le peuple - n’a pas droit de cité
(indifférence
vis-à-vis des milliers de manifestants contre sa politique).
- Parce qu’il ne respecte pas la volonté du peuple (adoption sans
référendum du traité européen qui avait été auparavant refusé
par une
majorité nette de la population française).
- Parce qu’il appartient à cette avant-garde ultra-libérale qui
pense
qu’il suffit de tout brader aux entreprises pour que l’Etat se
relève de
sa décrépitude (privatisation des secteurs publics).
- Parce qu’il porte en lui cette xénophobie bon-teint qui pousse à
fermer
les frontières, à expulser à tout-va les étrangers, à criminaliser
les
sans-papiers (lois sur l’immigration).
- Parce qu’il incarne ces eugénistes qui en d’autres temps plus
obscurs
justifiaient l’utilisation de la génétique au nom d’un "Bien
Commun"
teinté d’élitisme (tests ADN pour les candidats au regroupement
familial,
allusion à l’origine génétique de la délinquance ou de la
dépression).
- Parce qu’il soulève volontairement partout où il se rend la
polémique
dans des discours verbeux empreints de colonialisme (discours de Dakar,
d’Alger et du Caire).
- Parce qu’il met l’enseignement public au service de son idéal
mercantile
et consumériste (loi d’automie des universités et réforme des
lycées à
venir).
- Parce qu’il remet en cause la séparation des pouvoirs en mettant
le
pouvoir judiciaire (suppression des tribunaux et réforme de la carte
judiciaire) et le pouvoir législatif (intervention présidentielle au
Parlement) à sa botte.
- Parce qu’il porte gravement atteinte à l’image de la France à
travers le
monde (atteinte aux droits de l’homme et fermeture des frontières,
atlantisme/pro-américanisme notoire, discours néo-colonialistes,
credo
ultra-libéral...)
- Parce qu’il est temps qu’on dise clairement que la majorité des
gens qui
ont voté pour lui est largement inférieure à la majorité
mécontente de ses
politiques libérales : il a abusé le peuple et lui a menti sur ses
engagements !
POUR TOUTES CES RAISONS, NOUS APPELONS a un RASSEMBLEMENT
OSTENsIBLEMENT
HOSTILE ET BRUYANT à sa venue LE VENDREDI 11 JANVIER dès 10H PORTE DE
PARIS pour REJOINDRE ensuite LA PLACE DE LA REPUBLIQUE pour le huer
devant
la PREFECTURE
15 décembre 2007
Interview d'Alain Badiou au Nouvel'Obs
Alain Badiou
Né en 1937, Alain Badiou est l'un
des plus grands noms de la philosophie mondiale. Enseignant à l'ENS de
la rue d'Ulm, il est l'auteur de classiques comme «Théorie du sujet» ou
«l'Etre et l'Evénement».
Nouvel
Observateur. - Vous allez jusqu'à opérer une analogie entre sarkozysme
et pétainisme. Qu'est-ce qui permet, selon vous, ce rapprochement
historique pour le moins audacieux ?
A.
Badiou. - Il n'y a pas de ressemblance au sens strict, mais un esprit
commun. J'appelle «pétainisme» une forme particulière de la réaction
française, qui existe au fond depuis 1815. Premier trait : présenter une politique capitularde comme une régénération nationale.
La «rupture», c'est quoi ? Le démantèlement des acquis sociaux, le fait
que les riches paient moins d'impôts, qu'on privatise de façon rampante
l'université, qu'on donne les coudées franches aux affairistes. Cette façon de déguiser une soumission au capitalisme mondialisé en révolution nationale relève en soi du «pétainisme»,
au sens formel. Deuxième trait : une répression administrative très
dure, visant des groupes tenus pour étrangers à la société «normale».
Il ne faut tout de même pas oublier que la dernière élection s'est
gagnée sur la capacité à capter les électeurs du FN. Créer des
suspects, les Africains, ou les musulmans, ou les jeunes des banlieues,
figures nébuleuses à réprimer et à surveiller, est une activité
essentielle du nouveau pouvoir, loin d'être seulement son ornement
extérieur.
N. O. - Vous
évoquez aussi un retour à l'esprit du XIX«siècle, décrivant des
capitalistes décomplexés, animés par l'idée que les pauvres sont des
paresseux, les Africains, des arriérés....
A..
Badiou. - Il s'agit d'un phénomène mondial, pas simplement français..
La cause majeure, c'est bien sûr l'effondrement provisoire de
l'hypothèse communiste. Tant que celle-ci vivait, les dominants étaient
obligés de négocier âprement leur pouvoir, parce qu'une autre voie
existait, et qu'une conviction populaire et intellectuelle la soutenait
massivement. Maintenant, la bourgeoisie est dans le lâche soulagement :
l'«idée» est discréditée, les Etats communistes sont eux-mêmes devenus
capitalistes. Le capitalisme peut à nouveau se présenter comme la
solution indépassable, et l'argent être réintroduit comme valeur. Sarkozy est l'homme de tout
ça. L'«homme de la situation». Au fond, c'est le premier vrai poststalinien français. (Rires.)
N.
O. - Autre marqueur idéologique du sarkozysme : le ralliement à un
système américain pourtant lui-même largement décomposé... Comment
l'interprétez-vous ?
A.
Badiou. - Je pense qu'il était extrêmement important pour Sarkozy de
montrer rapidement que le gaullisme était mort. D'où son positionnement
rapide en chouchou de Bush. Mes amis américains sont horrifiés, à vrai
dire. La France reste un mythe là-bas. Ce que vous ne comprenez pas,
leur dis-je, c'est à quel point la France est profondément réactionnaire en ses tréfonds. Le Front populaire a tout de même débouché sur Pétain. Mai-68, sur une Chambre des Députés bleu horizon. Si vous la prenez dans sa masse, elle est assez horrible, la France. Attention, c'est un patriote français qui dit ça. Quelqu'un de très attaché a ce
pays.
N. O. - C'est-à-dire ?
A.
Badiou. - Deux choses m'y rattachent profondément. La grande tradition
du rationalisme français bien sûr, de Descartes à Lacan, en passant par
les Lumières.. Et puis, une poignée de gens, dont la Résistance offre
l'image absolue. Au bout du compte, la France a toujours été sauvée par les acrobaties d'un tout petit nombre. C'est sur celui-ci qu'on doit continuer à miser.